V
alérie Hannoyer, membre du Conseil d'Administration d'Edelweiss-Accueil,
responsable du secteur « départementalisation 73/74 » présente l'après-midi
et précise que la décision d'organiser une rencontre avec Mme Dulliand est née suite à une première réunion organisée à
Méry (73), en Septembre 2008.
Deux autres membres du Conseil d'Administration et Meissa Morais, secrétaire, sont présents.
M
adame Dulliand, psychologue a une formation psychanalytique. Elle intervient à
l'Ecole des Parents et Educateurs d'Annecy.
Aujourd'hui, elle répond à une invitation d'Edelweiss-Accueil pour un temps
d'échange autour de l'attente avant l'adoption :
L
a période d'attente est nécessaire pour porter l'enfant dans la tête.
« Je le désire tellement que je le fais vivre dans ma tête. »
L'attente est longue, les futurs parents sont dans l'illusion. Il faut en sortir et alors vient
l'adaptation à l'enfant réel. La représentation de l'enfant s'élabore :
P
ourquoi ce désir d'enfant ? D'où arrive-t-il ?
Les pays d'origine font des demandes dans ce sens. L'introspection est nécessaire.
Père, mère, enfant n'existent que dans la relation. L'enfant peut être une réparation par rapport
à l'enfant qu'on a été. On projette, parfois, sur l'autre ce qu'on n'a pas pu faire, ce qu'on n'a pas
pu être. On désire que l'enfant corresponde à ce qu'on a envie qu'il soit. Il faut en avoir
conscience. L'enfant ne peut pas être cela. Il est nécessaire de s'en dégager.
Dans le processus identificatoire, l'adolescent veut ressembler à ses parents et en même
temps, surtout ne pas leur ressembler.
E
ntre 0 et 1 an, et même avant, la construction de l'enfant se fait.
Si l'être humain n'a pas de référents affectifs, il meurt. Rien ne sera compensé ensuite. Il faut faire
le deuil. Tout l'amour des parents ne remplacera pas le manque affectif.
S'élabore, ensuite, le processus de résilience. Comment surviton après des périodes traumatiques?
Il faut recevoir suffisamment d'amour pour faire « avec ». Dans la vie, des
étapes sont plus difficiles que d'autres. Le contenant affectif permet de lâcher
des tensions qui servaient de « système de défense » pour survivre. L'enfant le peut quand il
est en confiance. « Ils vont s'occuper de moi quoi qu'il arrive ».
En cas d'angoisses d'abandon, il faut réassurer.
S
écurité affective + cadre rassurant permettent d'accéder à l'autonomie.
La capacité à être seul, à vivre une solitude sereine, c'est ne pas utiliser les autres.
Comment mettre les limites ?
I
l faut expliquer pourquoi on ne peut pas. Il faut donner du sens à la limite.
La sanction doit être comprise. Il faut éviter la soumission et l'humiliation qui fabriquent de la
violence, le chantage et le marchandage qui sapent la confiance.
La sanction doit permettre de comprendre quelque chose. Elle n'a pas besoin de « porter »
(punition ou privation importante parce qu'on pense qu'elle va impressionner l'enfant et porter
« ses fruits »). La sanction doit signifier.
Je peux me dire : « Comment il va m'aimer si je ne lui pose que des interdits ? »
L'enfant n'est pas là pour nous nourrir narcissiquement.
L
es troubles de l'attachement se construisent dès la première année de vie.
Les enfants qui souffrent de problèmes d'attachement rejettent et détruisent les contextes avec
beaucoup d'affects. Ils retrouvent ce qu'ils ont vécu de difficile, avant.
Certains enfants qui ont élaboré des processus de survie, qui se sont battus dans la vie,
expriment beaucoup de violence. Un enfant dès qu'il sent qu'on s'attache à lui peut tout faire
exploser (il veut retrouver ce qu'il a vécu de difficile auparavant). On pourrait penser que c'est
de la délinquance.
Il faut permettre à ces enfants d'exprimer en mots ce qu'ils ressentent afin de mettre de la
distance avec leurs émotions. Il ne faut pas demander à l'enfant d'être l'enfant qu'on n'a pas pu
être.
I
l faut donc un rythme, des rituels, des répétitions pour apporter une sécurité affective.
Même chez l'enfant plus grand, il faut retravailler ces rythmes puis les limites.
Aimer quelqu'un ce n'est pas lui laisser faire n'importe quoi.
Ce qui est le plus compliqué, pour l'enfant, c'est le parent imprévisible.
S
i l'enfant rejette ses parents (souvent la mère), ne pas le dissuader de ce qu'il pense (On dit
des choses qu'on ne fait pas!). Le laisser s'exprimer même s'il est très difficile de recevoir ces
phrases. A l'adolescence, l'enfant sort de l'identification à ses parents. L'enfant veut voir ce que
sa réaction provoque.
Lui dire :
« Je ne suis pas ta mère d'origine mais je suis la mère qui s'occupe de toi.
Je ne te laisserai pas partir car je t'aime .... »
Quand on adopte seul, ne pas rester en dualité. Il faut « faire du tiers » et ne pas rester sur le
mode binaire.
L
'attente est longue : 4 ans, plus ???
Cela peut entraîner épuisement et désespérance.
Comment viton cela aujourd'hui ? Doit-on faire le deuil ? Accepter l'inacceptable ? C'est une violence
terrible car nous n'avons pas d'emprise, c'est extérieur à nous.
Dans le désir d'enfant, il y a quelque chose de non gérable. L'insécurité détruit de l'intérieur.
L
e temps est tellement long que parfois la peur est de savoir si on aura envie de cet enfant
quand il arrivera. Il faut se dire que le désir ne disparaît pas mais qu'il se met en arrière.
Comment projeter d'autres choses durant cette attente ?
Une autre peur exprimée est que, si on attend trop, on sera vieux quand l'enfant arrivera.
La famille élargie est aussi dans l'attente. Doit-on parler du projet aux enfants déjà présents ?
D
es témoignages sur l'attente qu'elles ont vécu avant leur départ sont apportées par Marylise
pour le Brésil, et par Magali pour la Chine.
Attention aux forums sur Internet. L'expérience peut être négative. Il faut savoir trier
l'information, se mettre en retrait et se poser la question : « Est-ce que ça m'angoisse ? »
Sur le site d'Edelweiss-Accueil, on trouve des informations sur l'avancée des attributions
(données du CCAA). Le CCAA dit aux OAA : « Il faut être patient » et l'enregistrement des
dossiers continue.
I
l ne faut pas rester seul dans l'attente. On peut se rencontrer par groupe (par exemple pour la
Chine). Ce sera plus facile, ensuite, dans le pays.
Certains couples en attente habitent des localités proches : se référer aux listes envoyées par
EdelweissAccueil.
Et les réclamer si vous ne les avez pas.
Participer aux rencontres organisées dans le cadre de la départementalisation, aux piquenique
annuels... Penser au covoiturage... Téléphoner au bureau pour demander de l'aide...
L e débat se termine à 16 heures 15 et la rencontre s'achève, dans la convivialité, autour d'un goûter apporté par les participants.
V alérie remercie :
Secrétaire de séance : Jacqueline LAVY