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REUNION AVEC MADAME DULLIAND
Psychologue,
sur le thème de l'attente avant l'adoption
A la Maison Familiale Rurale de BONNE SUR MENOGE (Haute Savoie)
29 novembre 2008 à 14 heures

Actualités
  • Compte tenu du contexte actuel, les envois de dossiers pour une demande d'adoption au Brésil, en Chine et au Pérou sont arrêtés.
    Les  nouveaux projets d’adoption ne sont donc plus pris en compte par notre organisme autorisé d’adoption.
  • Un seul pique-nique réunissant toutes les familles adoptives aura lieu cette année à NANCES  (Savoie) le dimanche 11 Septembre 2016.

Présents :

  • 8 couples en attente 74
  • 1 couple en attente 73
  • 23 couples en attente autres départements

V alérie Hannoyer, membre du Conseil d'Administration d'Edelweiss-Accueil, responsable du secteur « départementalisation 73/74 » présente l'après-midi et précise que la décision d'organiser une rencontre avec Mme Dulliand est née suite à une première réunion organisée à Méry (73), en Septembre 2008.
Deux autres membres du Conseil d'Administration et Meissa Morais, secrétaire, sont présents.

Madame Dulliand

M adame Dulliand, psychologue a une formation psychanalytique. Elle intervient à l'Ecole des Parents et Educateurs d'Annecy.
Aujourd'hui, elle répond à une invitation d'Edelweiss-Accueil pour un temps d'échange autour de l'attente avant l'adoption :

  • la capacité de rêverie de l'enfant imaginaire
  • les représentations de chacun dans le couple : projection/identification
  • sécurité affective et non compensation
  • problématiques d'attachement

L a période d'attente est nécessaire pour porter l'enfant dans la tête.
« Je le désire tellement que je le fais vivre dans ma tête. »
L'attente est longue, les futurs parents sont dans l'illusion. Il faut en sortir et alors vient l'adaptation à l'enfant réel. La représentation de l'enfant s'élabore :

  • dans le couple
  • individuellement (en référence à notre propre histoire)

P ourquoi ce désir d'enfant ? D'où arrive-t-il ?
Les pays d'origine font des demandes dans ce sens. L'introspection est nécessaire.
Père, mère, enfant n'existent que dans la relation. L'enfant peut être une réparation par rapport à l'enfant qu'on a été. On projette, parfois, sur l'autre ce qu'on n'a pas pu faire, ce qu'on n'a pas pu être. On désire que l'enfant corresponde à ce qu'on a envie qu'il soit. Il faut en avoir conscience. L'enfant ne peut pas être cela. Il est nécessaire de s'en dégager.
Dans le processus identificatoire, l'adolescent veut ressembler à ses parents et en même temps, surtout ne pas leur ressembler.

Les couples

La sécurité affective :

E ntre 0 et 1 an, et même avant, la construction de l'enfant se fait.
Si l'être humain n'a pas de référents affectifs, il meurt. Rien ne sera compensé ensuite. Il faut faire le deuil. Tout l'amour des parents ne remplacera pas le manque affectif.
S'élabore, ensuite, le processus de résilience. Comment surviton après des périodes traumatiques?
Il faut recevoir suffisamment d'amour pour faire « avec ». Dans la vie, des étapes sont plus difficiles que d'autres. Le contenant affectif permet de lâcher des tensions qui servaient de « système de défense » pour survivre. L'enfant le peut quand il est en confiance. « Ils vont s'occuper de moi quoi qu'il arrive ».
En cas d'angoisses d'abandon, il faut réassurer.

Les limites :

  • espace de l'intériorité
  • espace de l'extériorité
  • espaces des autres

S écurité affective + cadre rassurant permettent d'accéder à l'autonomie.
La capacité à être seul, à vivre une solitude sereine, c'est ne pas utiliser les autres.
Comment mettre les limites ?

  • donner du sens
  • signifier sans injonction ni séduction
  • fermeté et cohérence

I l faut expliquer pourquoi on ne peut pas. Il faut donner du sens à la limite.
La sanction doit être comprise. Il faut éviter la soumission et l'humiliation qui fabriquent de la violence, le chantage et le marchandage qui sapent la confiance.
La sanction doit permettre de comprendre quelque chose. Elle n'a pas besoin de « porter » (punition ou privation importante parce qu'on pense qu'elle va impressionner l'enfant et porter « ses fruits »). La sanction doit signifier.
Je peux me dire : « Comment il va m'aimer si je ne lui pose que des interdits ? » L'enfant n'est pas là pour nous nourrir narcissiquement.

Les troubles de l'attachement :

L es troubles de l'attachement se construisent dès la première année de vie.
Les enfants qui souffrent de problèmes d'attachement rejettent et détruisent les contextes avec beaucoup d'affects. Ils retrouvent ce qu'ils ont vécu de difficile, avant.
Certains enfants qui ont élaboré des processus de survie, qui se sont battus dans la vie, expriment beaucoup de violence. Un enfant dès qu'il sent qu'on s'attache à lui peut tout faire exploser (il veut retrouver ce qu'il a vécu de difficile auparavant). On pourrait penser que c'est de la délinquance.
Il faut permettre à ces enfants d'exprimer en mots ce qu'ils ressentent afin de mettre de la distance avec leurs émotions. Il ne faut pas demander à l'enfant d'être l'enfant qu'on n'a pas pu être.

I l faut donc un rythme, des rituels, des répétitions pour apporter une sécurité affective.
Même chez l'enfant plus grand, il faut retravailler ces rythmes puis les limites.
Aimer quelqu'un ce n'est pas lui laisser faire n'importe quoi.
Ce qui est le plus compliqué, pour l'enfant, c'est le parent imprévisible.

S i l'enfant rejette ses parents (souvent la mère), ne pas le dissuader de ce qu'il pense (On dit des choses qu'on ne fait pas!). Le laisser s'exprimer même s'il est très difficile de recevoir ces phrases. A l'adolescence, l'enfant sort de l'identification à ses parents. L'enfant veut voir ce que sa réaction provoque.
Lui dire :
« Je ne suis pas ta mère d'origine mais je suis la mère qui s'occupe de toi.
Je ne te laisserai pas partir car je t'aime .... »
Quand on adopte seul, ne pas rester en dualité. Il faut « faire du tiers » et ne pas rester sur le mode binaire.

L'attente

L'attente :

L 'attente est longue : 4 ans, plus ???
Cela peut entraîner épuisement et désespérance.
Comment viton cela aujourd'hui ? Doit-on faire le deuil ? Accepter l'inacceptable ? C'est une violence terrible car nous n'avons pas d'emprise, c'est extérieur à nous.
Dans le désir d'enfant, il y a quelque chose de non gérable. L'insécurité détruit de l'intérieur.

L e temps est tellement long que parfois la peur est de savoir si on aura envie de cet enfant quand il arrivera. Il faut se dire que le désir ne disparaît pas mais qu'il se met en arrière.
Comment projeter d'autres choses durant cette attente ?
Une autre peur exprimée est que, si on attend trop, on sera vieux quand l'enfant arrivera.
La famille élargie est aussi dans l'attente. Doit-on parler du projet aux enfants déjà présents ?

D es témoignages sur l'attente qu'elles ont vécu avant leur départ sont apportées par Marylise pour le Brésil, et par Magali pour la Chine.
Attention aux forums sur Internet. L'expérience peut être négative. Il faut savoir trier l'information, se mettre en retrait et se poser la question : « Est-ce que ça m'angoisse ? »
Sur le site d'Edelweiss-Accueil, on trouve des informations sur l'avancée des attributions (données du CCAA). Le CCAA dit aux OAA : « Il faut être patient » et l'enregistrement des dossiers continue.

I l ne faut pas rester seul dans l'attente. On peut se rencontrer par groupe (par exemple pour la Chine). Ce sera plus facile, ensuite, dans le pays.
Certains couples en attente habitent des localités proches : se référer aux listes envoyées par EdelweissAccueil.
Et les réclamer si vous ne les avez pas.
Participer aux rencontres organisées dans le cadre de la départementalisation, aux piquenique annuels... Penser au covoiturage... Téléphoner au bureau pour demander de l'aide...

Le gouter

L e débat se termine à 16 heures 15 et la rencontre s'achève, dans la convivialité, autour d'un goûter apporté par les participants.

V alérie remercie :

  • toutes les personnes qui sont, pour certaines, venues de très loin
  • le directeur de la Maison Familiale de Bonne qui a, gentiment, mis une salle à notre disposition
  • Madame Dulliand pour son intervention très « nutritive » et formative

Secrétaire de séance : Jacqueline LAVY