Edelweiss-Accueil

Adoption de fratries et d'enfants grands
Saint-Etienne
10 avril 2010

Actualités
  • Compte tenu du contexte actuel, les envois de dossiers pour une demande d'adoption au Brésil, en Chine et au Pérou sont arrêtés.
    Les  nouveaux projets d’adoption ne sont donc plus pris en compte par notre organisme autorisé d’adoption.
  • Un seul pique-nique réunissant toutes les familles adoptives aura lieu cette année à NANCES  (Savoie) le dimanche 11 Septembre 2016.

Edelweiss-Accueil est un lieu d'échanges, d'entre-aide, de solidarité. Suite au souhait émis par les familles lors de notre pique-nique du 30 Août 2009, une rencontre sur le thème :

"Adoption de fratries et d'enfants grands"

A été organisée dans les locaux du SESSD (Service d'éducation et de soins spécialisés à domicile), à Saint Etienne, le samedi 10 avril 2010 après-midi.
Une invitation a été adressée familles d'Edelweiss-Accueil, à l'OAA les Enfants Avant Tout, ainsi qu'à EFA42, EFA43, EFA 63 et au CG du 42 et du 43.
Une cinquantaine de personnes, couples ayant adopté ou en attente d'adoption, professionnelle d'ASE et déléguées d'OAA... ont participé à la conférence et au débat conduits par Mme Dulliand, psychologue.

An préambule, les couples sont invités à définir ce qu'est un "enfant grand".
Un enfant grand est un enfant à partir de 6 ans, l'âge de l'entrée au Cours Préparatoire.

Les sujets abordés

1. L'attachement

C'est une notion fondamentale. Si on n'a pas d'attachement, on meurt. C'est très important de 0 à 2 ans. La sécurité affective se construit dans un cadre rassurant au cours de la première année : mise en lien avec quelqu'un d'autre.
C'est à partir de 1936 que Jean Piaget dit que les enfants pensent avant de parler.
En cas de carence affective, l'enfant est psychiquement mort. L'hospitalisme désigne un syndrome de régression mentale que développent de jeunes enfants séparés brusquement ou longuement de leurs parents et hospitalisés.

Les adoptants continuent à tisser le lien. Quand on change de lieu, l'important est de retrouver la sécurité affective.
De ce qu'on a vécu entre 0 et 2 ans, l'intellect ne se rappelle plus mais le corps garde la mémoire. Ce "paquet" conditionne ce qui va arriver après. L'attachement se continue après la petite enfance. On apprendra à supporter l'insupportable car on a de l'affection. Il faut reconstituer du contenant physique et psychique.
A 6 ans, on se rappelle de l' "avant". Qu'est-ce qu'on fait de ce que nous disent les enfants ? Ce qu'ils racontent ce n'est pas la vérité, c'est leur ressenti. Avec le langage, on dit ce que l'on ressent.
En tant que parents, on doit "rattacher les ficelles" de l'avant (ce qui s'est passé avant l'adoption) dont on peut ne savoir rien. Il y a possibilité de de restructurer des liens qui ont été un peu abîmés. On ne gomme jamais rien. Tous les humains se préservent et on le fait dès son plus jeune âge. Parfois le travail sur le lien permet de lâcher des émotions qui n'étaient jamais sorties. Le système de protection est en place mais les enfants s'autorisent à le faire quand ils sentent que le cadre est rassurant. Cela dépend d'un temps intérieur qui est propre à chaque enfant. Dans une fratrie élevée de la même manière, le temps est différent.
Dans la vie, on a besoin de plusieurs figures d'attachement. Chacun se souvient de quelqu'un qui l'a marqué.

2. la violence

Quand les enfants sont en sécurité, ils lâchent des choses et c'est là qu'il faut être costaud!
L'idéalisation est nécessaire et normale mais il ne faut pas la garder trop longtemps. L'enfant peut rencontrer des parents qui ne sont pas comme ils les avaient idéalisés ; il perdra son idéalisation des parents : c'est le principe de réalité.
Une limite, c'est fait pour être transgressé.
Quand l'enfant est violent, on peut lui dire : "Je t'aime comme tu es" car, lui, se dit "Est-ce que tu peux m'aimer vraiment quand je suis comme ça ?". Tout ce processus est normal et le mode de fonctionnement est plus ou moins exacerbé.
L'important est de réassurer dans un cadre, en mettant des limites: "Non, tu ne peux pas faire tout". Attention à ne pas laisser aller le cadre sécurisant, cela peut augmenter l'anxiété des enfants. Les parents doivent être à peu près d'accord sur le cadre. La limite doit avoir du sens et il faut s'y tenir.
Il faut être cohérent et certains enfants ont besoin de plus ou moins de fermeté. Des points sont négociables, d'autres pas. On ne peut pas toujours avoir un désir satisfait. Il faut différencier le désir et le besoin. On ne meurt pas si on n'a pas tout ce qu'on veut. Ce sont les parents qui fixent la règle.
Une limite, c'est fait pour être transgressé.

3. le passé des enfants

Il ne faut pas anticiper avant que les questions n'arrivent. Si le passé est dur, attendre les questions et ne pas répondre tout de suite.
Il faut savoir d'où on vient pour savoir où on va. Ce n'est pas simple de regarder en arrière. Il faut attendre que l'enfant maîtrise la langue et ne pas forcer le temps intérieur (on croit toujours que c'est pour le bien de l'autre mais ce n'est pas juste à ce moment-là). Il faut « retricoter »
A certaines questions de l'enfant, il ne faut pas hésiter à dire que l'on ne sait pas, si c'est le cas, car même cela le construit. Il apprendra que l'on ne peut pas tout savoir, même les adultes. Il acceptera ainsi les propres lacunes de son histoire.
Il faut faire très attention dans l'analyse des dessins. Les enfants peuvent raconter, eux, ce qu'ils ont vu dans leur dessin. Comme protection à la souffrance on peut embellir l'histoire, ce qui permet de survivre. Faire des dessins peut contribuer à mettre de la distance et au tissage du lien ; mais il faut aller à son rythme.
Les utopies sont indispensables. "Croire qu'il y a du possible encore impossible dans le réel" Edgar Morin.
L'humain a beaucoup de possibilité de résilience pour rendre supportables les choses terribles. On ne peut pas forcer à enlever mais il est possible de rendre supportable.
Il ne faut jamais désespérer de l'être humain. (rappel d'une citation de Socrate : « On ne peut pas éradiquer le mal, on peut éviter qu'il progresse »)
Les traumatismes entre 0 et 2 ans, c'est très embêtant. Certains enfants essaient la violence. Les parents ne doivent pas rester seuls car cela demande une force terrible. Il faut se mettre en lien avec des associations.
La violence par rapport à la mère (pourquoi tu m'as abandonné?) est destinée à vérifier la confiance. Si la violence est emmagasinée, il faut la ressortir.
«Est-ce que ma mère va survivre ? » L'enfant projette des histoires inconscientes de sa vie antérieure. Les enfants sont « encombrés » ; il faut vider pour remplir (« pour changer l'eau du vase, il faut le vider, le contempler avant de le remplir »)
Entre deux histoires "est-ce que je suis rien ?"
Tout l'amour que l'on donne ne peut pas remplir certains trous béants.

« Vivez comme si vous deviez mourir demain, apprenez comme si vous deviez vivre toujours »

4. les émotions

Ll faut différencier la violence de l'agressivité.
La violence c'est le passage à l'acte, le soulagement de la pulsion par l'action/réaction.
Dans l'agressivité, il y a un aspect positif, une structuration de la pulsion, la sublimation.
Penser des choses n'implique pas de les faire, de passer à l'acte.
Si on n'apprend pas à transformer la pulsion, c'est la loi du plus fort.
Le sport (comme les activités artistiques ) peut-être un support qui permet de faire sortir la violence avec des règles.
Tout n'est pas destructeur dans l'agressivité.
En cas de problème, la famille doit se faire aider car la violence d'un enfant peut être dangereuse pour les autres membres de la fratrie.

5. la jalousie

La jalousie, c'est général.
Référence d'ouvrage : "Frères et sœurs, une maladie d'amour" de Marcel Rufo.
On peut dire à l'enfant jaloux : "Tu as le droit de penser ça, mais je protègerai ta sœur, ton frère. Je ne te laisserai pas faire". Ces mots rassurent. L'enfant sent que sa pulsion peut être contrôlée par un adulte. Le jeu symbolique permet à la pulsion de mort de s'exprimer mais, dans le jeu, on peut réparer (la poupée cassée... je peux la recoller...)
Quand les enfants disent : "Ce n'est pas ta mère", on peut expliquer qu'il y a des enfants du ventre, des enfants du cœur.
Dans la fratrie, il est très sain que la jalousie sorte. La rivalité est présente dans toutes les cultures. Elle permet de mettre des mots sur ce que ressentent les enfants.
Dans certaines fratries adoptées, l'aînée a pu prendre la place de la mère. Il faut aider l'enfant à reprendre sa place et enlever cette fonction en y mettant de l'amour, de l'affect. Il est difficile de lâcher ce rôle mais il faut garder la règle : "pour le moment c'est comme ça, c'est moi la mère".
Avec la répétition, l'enfant peut intérioriser "la bonne mère".

6. le retour aux racines

On peut emmener les enfants dans leur pays d'origine mais avec leurs désirs à eux.
Souvent l'enfant fantasme son pays. En même temps il y a quelquefois la peur de ne pas revenir, de devenir pauvre. L'enfant a besoin de se construire, parfois de savoir à qui il ressemble, de savoir si sa mère de naissance se rappelle de lui.
Il peut exister aussi une culpabilité de s'en être sorti par rapport aux autres.
Il faut du temps, il faut que l'enfant soit prêt pour revenir dans le pays de sa naissance.
A propos des fratries séparées, il faut attendre que les questions arrivent. Après information, attendre qu'ils veuillent se rencontrer, s'ils le souhaitent. Avec la compréhension par rapport au besoin de revoir la grande sœur (ou les frères...) il faut rappeler la règle établie et donner confiance à l'enfant par rapport à l'avenir.
Des témoignages ont été apportés à ce sujet.

Dès 20 mois, l'enfant a enregistré toute sa langue maternelle, s'il le veut il la réapprendra.

7. la première rencontre

La rencontre et le jugement sont fantasmés. Certains adoptants disent que ce sont les journées "les plus épouvantables".
La rencontre peut être difficile : enfant qui a peur, qui fuit... Les réactions peuvent être très différentes entre frères et sœurs.
A un moment, il faut allier douceur et fermeté...
Il faut essayer de "faire des choses". C'est ne rien faire qui est ennuyeux. Mettre, parfois, des mélodies dans la langue maternelle de l'enfant.
Lors d'adoption de fratries, les enfants font bloc. C'est un instinct de survie.

8. la scolarisation

Il n'y a pas de généralités. Il faut voir ce qui est le moins gênant pour les enfants, avec les instituteurs. Tout dépend aussi du vécu de l'enfant.
Chaque enfant est très particulier. Certains peuvent sauter une classe à un certain moment.
La scolarisation en CLIN est possible.
L'arbre généalogique : Denise Rebondy, livre "D'où je viens, moi ?"("L'enfant adopté peut représenter ses deux fois deux parents en dessinant un arbre greffé par exemple. L'important, c'est d'aider l'enfant à prendre clairement sa place dans la lignée dont il est issu, même si ceux qu'il appelle papa et maman ne sont pas ses géniteurs.").
Lors du voyage pour l'adoption, penser à emmener les photos de l'école, de la maîtresse... qui accueilleront l'enfant à son arrivée.

Après de nombreuses questions et échanges, la rencontre fructueuse avec madame Dulliand s'est continuée autour d'un buffet-goûter garni par tous les participants. Les enfants présents ont eu beaucoup de plaisir à se retrouver et à jouer sous la garde alternée de quelques parents.
Un grand merci à Madame Dulliand et à tous les organisateurs et participants.

Compte-rendu : JL, CP, MB